L’histoire ou notre histoire? | Une Jeunesse Skip to main content

Sarina, 18 ans

En décembre 2012, des étudiantes et étudiants de septième année se sont rassemblés dans une salle de classe pour leur troisième série de présentations sur l’histoire. Dans le cadre de ce travail, ils devaient rédiger un discours faisant l’éloge d’une personnalité canadienne décédée et la présenter. Comme chaque année, cette personnalité devait être choisie parmi les personnages historiques d’un manuel scolaire, soit, pour la plupart, des hommes blancs d'âge mûr et de classe moyenne. 

Il n’est certes pas surprenant que ce travail n’ait pas eu la cote auprès d’au moins une étudiante ou un étudiant du cours d’histoire. Qu’il s’agisse d’Alexander Mackenzie ou de Samuel de Champlain, après un certain temps, j’en ai eu assez de faire des recherches, d’écrire et de glorifier un seul type de personne – particulièrement parce que j’estimais que ces personnes que nous étions censées admirer ne méritaient pas pareilles louanges inconditionnelles. Jacques Cartier n’a pas « découvert » le Canada; lorsqu’il est arrivé sur le continent, des gens y vivaient déjà. Il n’y avait rien d’admirable dans l’Acte pour encourager la civilisation graduelle des tribus sauvages en cette Province de 1857 ou la Loi sur les Indiens de 1874, qui ont privé de leurs droits de façon permanente les Premières Nations, les Inuit et les Métis, les réduisant à des citoyens de seconde classe. 

Je ne veux pas dire que les hommes blancs qui détenaient le pouvoir n’ont eu aucune incidence positive sur leur communauté. Mais les considérer comme des saints, sans comprendre les répercussions qu’ils ont eues sur toutes les populations, y compris celles qui ont été reléguées aux marges de la société, a pour effet d’effacer de l’histoire la trace de ces laissés-pour-compte. Où sont les récits sur les passagers asiatiques à bord du Titanic? Pourquoi mon manuel scolaire ne contenait-il qu’un seul paragraphe traitant de la taxe d'entrée raciste de 1885 forçant la population chinoise à payer des montants de taxe exorbitants pour entrer au Canada? Pourquoi, à ce jour, les personnes de race blanche qui vivent à l’extérieur de leur pays d’origine sont-elles appelées des expatriés tandis que les gens de couleur sont appelés des immigrants? 

Ce n’est que récemment que j’ai été en mesure de verbaliser le problème sur la façon d’enseigner l’histoire. Au cours de ma septième année, l’histoire était pour moi une matière ennuyeuse. Mais c’est pourtant tout le contraire – je croyais que mon désintéressement était uniquement dû au fait qu’on nous répétait toujours la même histoire, une histoire incomplète considérée sous un seul angle. Et peut-être aussi au fait qu’à l’époque, j’étais également incapable de m’identifier à ces hommes blancs d'âge mûr.  

Le problème, toutefois, n’est pas que l’histoire est une matière ennuyeuse pour des étudiantes et étudiants de septième année. Le problème est que l’histoire, en tant que témoignage du passé, doit prendre en compte différents points de vue. Il n’y a pas de vérité unique; la réalité doit être représentée par un amalgame de perspectives diverses. En effaçant ou en omettant ces différentes facettes de l’histoire, nous oublions les leçons à en tirer. Nous nous rendons vulnérables aux erreurs du passé, accroissant ainsi le risque de recréer les mêmes iniquités sociales tout en nous enorgueillissant de faire des progrès sur le plan social. Le silence lui-même peut être une forme d’oppression. 

Il est temps d’agir; donnez-nous la chance d’apprendre la vérité et de prendre la parole. Soutenez les films, les livres et les médias qui offrent des perspectives qui divergent des points de vue prédominants. Si vous pouvez raconter votre histoire, faites-le, parce que si vous ne le faites pas, d’autres le feront à votre place.