L’intimidation crée des nuages | Une Jeunesse Skip to main content

Jay, âgé de 18 ans, Toronto

Certains jeunes en grandissant ont peut-être entendu l’expression « des bâtons et des pierres peuvent me briser les os, mais les mots ne me feront jamais de mal », mais pas moi. Ma famille et moi sommes des immigrés, et je n’ai jamais entendu cette expression, mais plutôt celle-ci : « si tu n’as pas été frappé, tu n’as aucune raison de pleurer ». Bien que la version de mes parents soit plus directe et moins poétique, je crois qu’elle transmet le même message : ce que les gens disent ne devrait pas nous blesser.

Je répétais ces mots dans ma tête en troisième année lorsqu’on m’appelait « Jay le gay ». À l’époque, je ne savais pas vraiment ce que cela signifiait, mais les moqueries constantes me faisaient me sentir très mal. Plus tard, cette année-là, j’ai été battu physiquement pour la première fois.

À l’hiver, le camarade de classe avec qui j’avais des problèmes m’a frappé avec une chaise et m’a battu dehors. Bien sûr, en tant qu’enfant âgé de huit ans qui n’avait aucune idée de ce qu’il fallait faire dans une telle situation, j’ai décidé de lui mordre le genou pour qu’il me lâche. J’ai ainsi vécu ma première expérience d’intimidation, de suspension et de changement d’école.

À cette nouvelle école, je me suis fait de nouveaux amis et j’ai eu un autre environnement. J’ai cependant très vite compris que le premier ami que je m’étais fait serait aussi la personne qui me harcèlerait physiquement. Je ne pouvais rien dire à mes parents, car, à un si jeune âge, je pensais que leur en parler signifierait que je devrais à nouveau changer d’école. Même si j’étais harcelé à cette école, je suis devenu une personne que je regretterais profondément plus tard.

Il n’y a rien d’acceptable à être un intimidateur; j’aurais dû le savoir mieux que quiconque. Après un peu plus d’un an à blesser émotionnellement et physiquement d’autres personnes, je me suis rendu compte à quel point je devenais comme celui qui m’avait forcé à changer d’école. Après quelques discussions avec les parents des camarades que j’avais intimidés, j’ai arrêté. Les élèves que j’avais embêtés allaient être ceux qui m’inviteraient plus tard chez eux et avec qui je jouerais à des jeux. Il était presque incroyable de penser que les personnes que j’avais blessées seraient aussi celles avec qui je passerais le plus de temps pendant les trois prochaines années. Les moments que je regrette le plus dans ma vie sont aussi ceux qui m’ont le plus appris. Je serai toujours reconnaissant envers les personnes qui m’ont pardonné malgré ma façon d’agir. Merci à Anmol et à Michelle, car ils m’ont appris à répondre à la haine par la gentillesse.

Entrer à l’école secondaire a été comme un nouveau départ, loin de l’intimidation physique, mais ce n’est qu’une fois l’année scolaire commencée que j’ai connu des formes de discrimination, de stéréotypes et d’exclusion. J’ai été plus stéréotypé en quatre ans de secondaire que pendant toutes les années précédentes réunies. Chaque bonne note que je recevais était suivie par une raillerie et un commentaire du genre « hum, c’est parce que tu es asiatique », et chaque mauvaise note reçue était suivie par une critique d’un autre élève disant que je n’étais pas un parfait asiatique stéréotypé. Je me suis rendu compte que mes paires avaient besoin de voir ce que signifie être asiatique pour me juger, comme s’il y avait une liste de vérification des stéréotypes à cocher. Je peux voir cette liste dans ma tête : « bon en maths, joue du piano, pratique les arts martiaux, bon en sciences ». Toutes ces choses faisaient partie d’un stéréotype, et c’étaient aussi les choses dans lesquelles j’échouais.

Comme je trouvais de plus en plus difficile de gérer les stéréotypes constants, j’ai essayé de trouver des activités qui m’occupaient. Je me suis tourné vers la création d’œuvres d’art, les jeux vidéo et l’écriture. J’ai eu la chance d’avoir des amis qui pouvaient me comprendre et parler ouvertement de situations similaires que nous avions vécues relativement à l’intimidation.

Que ces systèmes de soutien soient toujours là était mon rêve. Les gens sont souvent coincés dans leur propre vie, ils ont leurs propres batailles à livrer ou, parfois, ils ne sont pas prêts à apporter leur aide. C’est une réalité à laquelle j’ai fait face lors de mes dernières années d’études secondaires. Lorsque la tension a monté entre mes amis et moi, ils m’ont traité comme un étranger pendant trois mois. Les conflits extérieurs et l’exclusion sociale m’ont conduit à ma première dépression.

En tant que personne extrêmement timide et introvertie, j’ai trouvé que demander de l’aide pour un problème de santé mentale était une source de stress. Regarder le numéro de téléphone de la ligne d’aide et décider de ne pas le composer était plus courant que cela n’aurait dû l’être. Une seule pensée m’habitait : que le stress et la dépression que je vivais étaient temporaires, comme un nuage dans le ciel. Bien sûr, les nuages bloquent la lumière du soleil certains jours, mais ils finissent par disparaître. Ça allait simplement prendre du temps. Alors que je m’accrochais désespérément à cette pensée, l’un des amis qui m’avaient tourné le dos m’a tendu la main et s’est excusé. J’ai alors remarqué que les rôles avaient encore une fois changé et que, cette fois, j’allais être l’ami qui pardonne et qui passe à autre chose.

Maintes et maintes fois mes amis allaient être les seuls à m’aider et à m’empêcher de sombrer dans une chute émotionnelle et mentale. Avoir le soutien de personnes en dehors de ma famille m’a beaucoup aidé dans ma façon de gérer l’intimidation et la dépression. Chaque personne a sa propre histoire et ses propres batailles. La meilleure façon d’aider une personne qui fait l’objet d’intimidation est de la soutenir. Même si vous n’avez rien à dire, l’écouter peut faire beaucoup de bien. Si vous êtes la cible d’intimidations, essayez d’en parler à un ami ou à un adulte en qui vous avez confiance. C’est terrifiant, oui, mais c’est plus sain que de tout garder pour soi. Croyez-moi, j’ai côtoyé des intimidateurs toute ma vie. Les choses finissent par aller mieux. Le ciel est peut-être nuageux, mais ça passera.


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