L’intimidation linguistique est réelle et dangereuse | Une Jeunesse Skip to main content

Pablo, âgé de 18 ans, Ottawa

Lorsque je suis déménagé de Montréal à Ottawa, j’avais plusieurs raisons d’être nerveux.  Laisser mes amis d’enfance derrière moi, changer d’école et déménager dans une nouvelle ville suscitait chez moi beaucoup d’anxiété à la veille du début de ma quatrième année du primaire. Lorsque je suis devenu franco-ontarien, c’est-à-dire un francophone qui vit en Ontario, j’ai découvert rapidement qu’une partie de moi me causerait des problèmes : ma langue.

Qu’il s’agisse d’arriver d’un pays où se parle une autre langue, de s’installer dans une ville où un autre dialecte est pratiqué, ou même de vivre dans un contexte où notre langue est minoritaire, notre langue maternelle joue un rôle important dans notre identité et notre vie quotidienne. Je ne faisais pas exception à cette règle.

À Montréal, j’allais à l’école et je parlais français avec la plupart de mes amis, au terrain de jeu, au parc ou à la maison. Avec l’espagnol, que je parlais à la maison et l’anglais que j’ai appris à la garderie, le français faisait partie de mon quotidien et de la manière dont je commençais à me définir. 

Les premiers mois en immersion dans l’école que nous avions choisie m’ont fait l’effet d’une douche froide. Non seulement je devais lutter pour me faire de nouveaux amis et une place dans la communauté, mais ma préférence pour le français dans cet environnement très anglophone était un défi supplémentaire. Les premiers jours, j’étais plus triste, plus silencieux et plus timide que d’habitude. Pourquoi ouvrir la bouche et interagir avec les autres quand ta langue est une source de honte et de rires mesquins? J’ai alors adopté une solution qui devait, je le croyais, résoudre mes problèmes et me permettre de me sentir mieux : j’ai abandonné mon français. Bien sûr, j’en ai perdu une grande partie très rapidement. 

Quand j’y repense aujourd’hui, c’est encore difficile pour moi de me blâmer pour ce choix. Le langage est une activité communautaire. Comment pouvais-je conserver mon français si je n’avais personne avec qui le parler? Pourquoi continuer de parler français quand tout ce que cela me donnait, c’était des regards croches, des rires et des insultes? 

À part m’avoir fait abandonner et perdre mon français, mon expérience avec l’intimidation linguistique (c’est ainsi que j’appelle l’intimidation dont j’ai souffert en raison de ma langue) m’a fait réaliser à quel point la langue est importante pour les êtres humains. Assez importante pour que le préjudice et l’inconfort causés par l’intimidation linguistique aient un très grand impact sur ma personnalité et mon estime de moi. C’est pourquoi j’ai senti le besoin de parler de mon expérience au WE Day, à Ottawa, en 2017, où j’ai encouragé des jeunes gens de partout au Canada et dans le monde à voir les différentes langues comme une richesse plutôt que comme un obstacle. 

Pendant que nous sommes encore jeunes, pourquoi ne pas décider d’apprendre une nouvelle langue? Ça peut être celle parlée dans notre famille ou l’une des langues parlées dans notre pays. Le fait de traiter les autres avec respect, peu importe la langue qu’ils parlent ou l’accent avec lequel ils la parlent, sont importants. Le geste d’apprendre une nouvelle langue, même de seulement commencer, est un signe que nous sommes ouverts au monde, aux gens qui y vivent et à leur parcours.

Dans un pays composé d’autant de communautés différentes et sur une planète où les gens sont de plus en plus interconnectés, la langue a un rôle fondamental à jouer pour bâtir un monde meilleur. Après tout, la langue est à la base une activité communautaire.


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