Mon histoire d’intimidation | Une Jeunesse Skip to main content

Ghaid, 18 ans, Ontario

Si on me demandait de décrire mon enfance en un mot, le premier qui me viendrait à l’esprit serait « intimidée ». Évidemment, j’ai vécu plein de belles choses durant mon enfance, mais elle n’était pas parfaite pour autant. Pas du tout, même. En effet, je me suis fait intimider par des membres de ma famille, des professeurs, et même de soi-disant « amis ». Essayez d’imaginer que vous vous faites intimider par les gens qui sont supposés vous aimer inconditionnellement, être vos mentors et être là pour vous. 

Même si on ne m’a jamais physiquement intimidée, les cicatrices de l’intimidation verbale et sociale que j’ai subie ne se sont toujours pas refermées. Je me souviens à peine de ce que j’ai mangé pour dîner la semaine dernière, mais je me rappelle vivement d’innombrables incidents que j’ai vécus il y a des années. Je me rappelle être la fille avec la plus faible estime de soi en première secondaire. J’étais très gênée par mon petit corps maigre et le fait que je ne correspondais pas aux normes de beauté que m’imposait la société. Un jour, alors que ma tante nous rendait visite, nous étions tous assis dans la salle des invités. À un moment donné, quelqu’un a mentionné que je ressemblais à la sœur de ma tante (mon autre tante), et que nous avions des traits semblables. Évidemment, la femme à qui on me comparait était considérée comme « sous la moyenne » sur le plan de la beauté, et tout le monde le savait. C’était une évidence : elle n’était pas blonde, n’avait pas de magnifiques yeux bleus et sa peau n’était pas « assez blanche ». C’était la règle. Pour moi, la comparaison n’avait rien d’étonnant, je l’avais toujours su. Ce qui me blesse encore aujourd’hui, cependant, c’est qu’après cette comparaison, ma tante a ri et s’est exclamée : « Ma sœur est beaucoup plus belle! » 

Je sais ce que vous pensez : c’était peut-être une blague. Malheureusement, non. Je me suis dit : « Apparemment, je suis même plus laide que la personne la moins belle de la famille, wow! Quel compliment pour une jeune fille anxieuse de 12 ans! » 

Je me rappelle cet incident encore aujourd’hui. Je me rappelle aussi à quel point je m’étais toujours sentie invisible en la présence de ma cousine à moitié ukrainienne, qui trônait au sommet de la liste des grandes beautés de notre famille depuis sa naissance. Je ne vous mentirai pas, j’étais jalouse d’elle. Sa beauté n’avait pas d’égales. Elle attirait l’attention de tout le monde, lors d’événements et de rassemblements, même sur photo. En deuxième secondaire, j’ai entendu dire que si on se regarde dans le miroir tous les matins en essayant de remarquer une chose que l’on trouve belle, notre estime de soi augmentera. J’ai décidé d’essayer ça. Tous les jours, je passais 10 minutes à regarder mon reflet dans le miroir avant d’aller à l’école. J’avais même une liste de citations motivantes que je lisais à voix haute tous les matins, une forme de discours interne positif. Étonnamment, quelques jours plus tard, j’ai remarqué que ça fonctionnait! J’ai commencé à remarquer que j’avais de beaux longs cils. 

Je suis allée à l’école de bonne humeur... et mes deux meilleures amies ont une fois de plus pulvérisé mon estime de soi. Lorsque je leur ai parlé de mes cils, elles se sont regardées et ont pouffé de rire. Elles ont commencé à passer des commentaires du genre : « Où ça? Je ne les vois pas » et « Je pense qu’il me faut une loupe ». J’ai remis lentement mes lunettes, pensant qu’elles avaient peut-être raison. Je me faisais peut-être des idées. Et puis, qu’importe si j’avais de longs cils? Ce n’était rien comparativement aux grands yeux bleus de ma cousine ou à la tignasse blonde de ma tante. 

Ma grand-mère passait toujours des commentaires à propos de mon poids. Elle me disait de manger plus et de bouger moins, afin de conserver les calories que j’ingérais, et de prendre un peu de poids, car qui voudrait épouser un paquet d’os? Je me souviens d’avoir vu de nombreuses jeunes femmes super talentueuses qui n’étaient pas mariées malgré leur personnalité rayonnante, leur impressionnante liste de distinctions et leur carrière prometteuse, car elles n’étaient simplement pas assez belles. Je voyais mon avenir en elles. J’avais peur de ne jamais trouver l’amour, que seule ma mère pourrait m’aimer. J’ai été bombardée de ces commentaires irréfléchis tous les jours, pendant toute mon enfance. Le pire, c’est que je ne savais même pas que ce que je vivais, c’était de l’intimidation. 

En effet, en arabe, il n’y a pas d’équivalent pour le mot français « intimidation ». C’était très frustrant d’être incapable de décrire ce que je vivais à l’époque. Je pensais que ça faisait inévitablement partie de l’expérience de grandir. Il a fallu très longtemps pour me relever et rebâtir mon estime de soi anéantie. La clé, ce fut de comprendre que mon estime de soi n’est pas dictée par mon apparence physique. Je suis beaucoup plus que ça. Aujourd’hui, quatre ans plus tard, je me sens formidable.  J’ai décidé de me concentrer sur les choses que je peux changer, au lieu de passer ma vie à m’inquiéter des choses qui sont hors de mon contrôle. Je suis une étudiante universitaire passionnée avec de grandes ambitions et une

mpressionnante liste de réalisations. J’ai grandi et je suis devenue un modèle pour les jeunes filles, surtout celles qui vivent ce que j’ai vécu.  Suis-je devenue belle au fil des ans? Peut-être, mais je ne m’inquiète plus de ça! Aujourd’hui, je me préoccupe de choses qui sont plus importantes que ça, comme éradiquer l’Ebola, promouvoir l’égalité des sexes et réduire la faim dans le monde!


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