Histoires vécues par les #EnfantsAuCanada | Une jeunesse Skip to main content

En vertu de la Convention relative aux droits de l’enfant des Nations Unies, les jeunes ont le droit de donner leur opinion, d’être pris au sérieux par les adultes et de s’exprimer de différentes manières, à moins que ce soir à leur détriment ou au détriment d’autrui. UNICEF Canada respecte les points de vue des jeunes lorsqu’ils s’expriment sur ce qu’ils voient ou vivent dans le monde qui les entoure, et l’organisme leur offre en ce sens des possibilités régulières et diverses dans le cadre de ses billets de blogues pour les jeunes (EnfantsAuCanada) et d’autres plateformes.

TOUT EST DIFFÉRENT EN 2020

Jayanti Jerath

Depuis cinq mois, les choses ne vont pas particulièrement bien sur la planète. Le monde entier lutte contre une pandémie. Le nombre de cas et le nombre de décès augmentent d’heure en heure. Au début, je regardais les conférences de presse quotidiennes du premier ministre Justin Trudeau ou même l’émission d’information Cuomo Prime Time sur CNN. Mais toutes ces nouvelles et ces statistiques m’ont rendu anxieux. J’ai donc décidé d’arrêter de regarder la télévision, mais je reçois toujours des notifications sur mon téléphone. 

Les mesures de confinement ont entraîné la fermeture des établissements d’enseignement et le passage à l’apprentissage en ligne. Un grand nombre d’étudiantes et d’étudiants en première année d’université seront certainement d’accord avec moi pour dire que l’adaptation à la vie universitaire prend du temps, compte tenu des nombreuses différences entre les études collégiales et l’enseignement supérieur. Personnellement, j’ai eu plutôt du mal à m’adapter aux cours en ligne, car le trajet pour me rendre à l’université était devenu une routine. 

En tant qu’étudiant de première année à l’université, je passais douze heures par semaine à faire la navette entre ma maison et l’université. Je me réveillais à 7 h et, souvent, je ne revenais pas chez moi avant 16 h, voire 17 h. Il m’a été difficile de trouver la motivation nécessaire pour faire mes travaux à la maison, car chaque fois que j’étais sur le campus et que je n’avais pas de cours, j’allais faire mes travaux à la bibliothèque. Or, j’ai découvert qu’en établissant de nouvelles routines et en créant une liste de « tâches à faire » chaque soir pour le lendemain, j’étais plus organisé et je pouvais à la fois me concentrer sur mes études et prendre soin de ma santé mentale.

Les choses sont si différentes maintenant; même l’heure à laquelle je me réveille et l’heure à laquelle je me couche le soir ne sont plus les mêmes. Je fais de mon mieux pour dormir sept à huit heures par nuit, mais parfois ce n’est pas possible car les pensées se bousculent dans ma tête. Non seulement les cours et les examens se font maintenant en ligne, mais les relations avec les autres aussi, grâce à Internet et aux réseaux sociaux. Chaque fois que mes amis se sentent déprimés, je leur rappelle qu’il faut rester positifs, car nous avons de la chance. De nombreux enfants et jeunes adultes sont continuellement confrontés à la violence et à la famine dans de nombreux pays fragiles.

J’ai fait mon dernier examen la semaine dernière et je n’arrive pas à croire que j’ai terminé ma première année d’université; le temps a passé si vite! Pendant mon confinement, j’ai réfléchi aux leçons que j’ai apprises au cours de cette première année, et à la manière dont je peux améliorer mes habitudes d’apprentissage pour obtenir de meilleurs résultats. Pendant cette période, j’ai également appris à cuisiner, et j’écris des billets de blogue sur mon site Web sur des questions touchant la paix dans le monde.

J’ai trouvé cela difficile et parfois stressant d’achever le dernier semestre en ligne, mais j’ai réalisé qu’il n’y avait pas de mal à être triste et anxieux pendant cette période difficile. Le meilleur moyen que j’ai trouvé pour me sentir mieux et plus positif a été de prendre des pauses et de regarder des vidéos sur YouTube, des petits trucs qui m’ont aidé à améliorer mon moral. Pour respecter les mesures de distanciation sociale, j’ai aidé mes parents à faire les courses alimentaires une fois par semaine, ce qui réduit le risque non seulement pour nous, mais aussi pour le personnel de la santé et tous les travailleurs qui sont en première ligne face à cette pandémie.

J’ai réalisé qu’il ne fallait pas trop réfléchir à la situation, car cela pouvait avoir un effet néfaste à la fois physiquement et mentalement; cela fait paraître les circonstances bien pires qu’elles ne le sont en réalité. Cette année tout est vraiment différent, mais je suis très reconnaissant de tout ce que j’ai. Il est essentiel de faire preuve de compassion envers les autres et de répandre la bonne humeur pendant cette période difficile. Bien qu’il ne soit pas toujours facile de rester positif, il y a toujours de la lumière au bout du tunnel. Les jours qui viennent nous apporteront bientôt tous optimisme et bonheur!

JOURNAL D’UNE PANDÉMIE - RÉFLEXIONS EN SANTÉ MENTALE

Alex

Les choses peuvent être difficiles en période d’incertitude. Les nouvelles réalités avec lesquelles notre pays doit composer peuvent provoquer toutes sortes d’émotions variées chez les gens. Pour moi, c’est une montagne russe émotive. Depuis toujours, j’ai du mal avec ma santé mentale, mais je dois admettre qu’il est plus difficile d’en prendre soin pendant une pandémie. Avant que la COVID-19 ne devienne ce qu’elle est maintenant, je travaillais fort à l’école et au travail, et je suivais une thérapie. Maintenant, je sais que je ne marcherai pas jusqu’à la tribune pour recevoir mon diplôme; mon lieu de travail a décidé de fermer; et l’une des choses les plus difficiles à gérer pour moi est le fait de savoir que je ne pourrai peut-être pas avoir ma chirurgie de masculinisation thoracique.

Comme cela fait deux ans que j’attends cette chirurgie qui changera ma vie, j’ai eu du mal à accepter le fait qu’elle n’aura sans doute pas lieu avant 2021. Bien qu’il n’y ait encore aucune certitude qu’elle soit repoussée aussi loin, je suis tellement reconnaissant que les chirurgies transgenres soient couvertes au Canada, et je comprends aussi pourquoi il se peut que ma chirurgie soit reportée, mais j’ai quand même du mal à accepter la situation. Cela dit, je pense que la situation causée par la COVID-19 a été bénéfique pour moi, car j’ai eu plus de temps pour réfléchir et identifier ce dont j’ai besoin et ce que je souhaite faire pour moi-même. J’en suis venu à la conclusion que je devais communiquer avec les personnes de mon entourage dès maintenant. J’ai aussi réalisé que je devais accepter les choses que je ne peux pas changer et que, aussi difficile soit-il de se sentir impuissant devant une situation, je devais comprendre ce que je suis en mesure de maîtriser.

Je ne suis peut-être pas en mesure de contrôler la situation pour savoir si j’aurai ou non ma chirurgie à la date prévue, mais je suis capable de savoir ce que je dois faire avec cette information. Pour moi, cela veut dire qu’il faut que je prenne tout le temps nécessaire, c’est-à-dire un jour à la fois, une heure à la fois et même une minute à la fois s’il le faut. Je dois faire tout ce qui est nécessaire pour gérer le flux de mes pensées. J’ai également compris que je ne suis pas le seul à éprouver ces sentiments, et qu’il est tout à fait normal de ressentir ce que je ressens et que cela n’est en aucun cas un signe de faiblesse. Je pars aussi du principe qu’ultimement, une vie sans difficultés quotidiennes, ne nous aurait pas permis de devenir les personnes que nous sommes aujourd’hui. Sans vouloir me vanter, je sais que je suis une personne bienveillante et empathique, et c’est principalement dû au fait que j’ai traversé bien des épreuves. Cela m’a rendu plus fort et m’a permis de devenir l’homme que je suis aujourd’hui.

La santé mentale est un problème important pour beaucoup de gens, mais je pense que ce qui compte le plus en ce moment précis, c’est de se ménager. Nous sommes souvent nos plus sévères critiques, et si nous parvenons à croire en nous et à nous aimer tels que nous sommes, nous arrêterons de nous soucier de ce que les autres pensent de nous. Je pense que nous pouvons tous commencer à nous épanouir de l’intérieur en créant nos propres joies et petits bonheurs dans notre vie quotidienne, malgré la situation. Nous avons en nous cette force, cette bravoure et ce courage. Nous avons la capacité de trouver le moyen d’empêcher que la situation prenne le dessus et définisse qui nous sommes. Nous pouvons accepter le nouveau contexte et le fait que certaines choses sont hors de notre contrôle. Nous pouvons parfois avoir l’impression que nos pensées galopent, mais la seule chose que nous devons faire, c’est réfléchir et apprendre à maîtriser ces pensées.

L’AUTOCOMPASSION EST UNE VALEUR CANADIENNE

Olivia, Ontario

Les gens de ma communauté dans mon petit village en Ontario savent faire preuve de compassion et de bienveillance dans les meilleurs moments, tout comme la plupart des Canadiennes et Canadiens. Toutefois, étant aux prises avec des problèmes de santé mentale depuis mon plus jeune âge, je ne peux m’empêcher de me demander dans quelle mesure ma communauté compatissante et bienveillante a contribué à mon état. Ma communauté m’a appris à prendre soin des autres, mais m’a-t-elle appris à prendre soin de moi-même?

Mes problèmes de santé mentale ont commencé lorsque j’étais très jeune. Au début, des comportements obsessionnels compulsifs se sont manifestés, puis, plus j’approchais de l’adolescence, l’anxiété et la dépression se sont infiltrées dans ma vie. Ces combats internes m’accablaient à un tel point que j’avais perdu tout espoir. Pire encore, je me sentais complètement démunie face à ma contribution à la société. Malheureusement, la honte associée aux problèmes de santé mentale va au-delà des relations interpersonnelles et devient une question de perspective communautaire.

Par exemple, il y a deux ans, un ami et moi avons lancé un mouvement de sensibilisation à la santé mentale appelé le projet Bridges of Hope. Ce projet est une initiative qui vise à sensibiliser le public et à répandre la positivité en affichant des messages d’espoir sur les ponts achalandés de notre région. Nous avons organisé des événements au cours desquelles des gens ont pris la parole pour parler de leurs expériences personnelles et notre communauté a profité de l’occasion pour diffuser des renseignements sur les ressources locales qui peuvent offrir du soutien lors de périodes difficiles. J’ai adoré et j’adore toujours diriger ce projet, mais je suis aussi très consciente du fait que je suis perçue différemment par ma communauté depuis que j’ai porté au grand jour mon parcours personnel.

Même si je milite pour l’amélioration de la positivité au sein de ma communauté, je reste humaine et j’apprends tous les jours. J’apprends encore l’autocompassion. Étant donné que je parle ouvertement de mes difficultés, certains peuvent croire à tort que j’ai tout résolu et que je connais dorénavant les secrets d’une vie plus heureuse. Or, bien que je sois déterminée à défendre avec ardeur les personnes qui n’ont pas su se tenir debout face à la maladie mentale, je dois également en apprendre davantage sur la façon de défendre mon propre bien-être. Je témoignerai de la compassion et de la bienveillance aux autres aussi souvent que possible, mais je dois aussi apprendre à prendre soin de ma propre personne.

Ma communauté m’a beaucoup appris sur la façon de prendre soin des autres. Je crois que si je n’avais pas grandi dans ce milieu, je n’aurais jamais pu participer à la création du projet Bridges of Hope. Cependant, il est clair pour moi que mon entourage ne m’a jamais appris à faire preuve de compassion envers moi-même et qu’en tant que Canadiennes et Canadiens, nous avons beaucoup à apprendre sur la façon de prendre soin de notre propre personne.

Je vous encourage à réfléchir à votre position sur l’autocompassion et à remettre en question les pensées critiques qui courent dans votre tête. Les communautés, dont la mienne, cherchent de plus en plus à comprendre l’importance de l’autocompassion et de l’épanouissement. Jusqu’à ce que nous en arrivions à une compréhension complète, tentez progressivement de vous accorder des moments de pause pour vous permettre d’évaluer quelles émotions quotidiennes ne vous sont pas bénéfiques, et comment vous pouvez vous en débarrasser.

Travailler sur son bien-être peut représenter un défi, mais je vous assure que cela vous amènera là où vous n’auriez jamais imaginé être, et transformera la façon dont vous vous sentez. Vous n’hésiteriez jamais à réconforter un ami, alors pourquoi ne le feriez-vous pas pour vous-même? C’est ce que chaque Canadienne et Canadien devrait faire.

JOURNAL D’UNE PANDÉMIE

Augustin

Le 12 mars 2020 – C’est une journée comme les autres. Je suis consciente de la présence de la COVID-19 et je fais preuve de prudence. Néanmoins, je décide quand même d’aller comme d’habitude à la salle de sport. J’étudie pour mes examens finaux du baccalauréat international et je me sens bien. J’arrête pas de penser à la prédiction de mes profs qui partent du principe que je vais avoir des mauvaises notes à mes examens du BI, ce qui me pousse à tout faire pour leur prouver le contraire. Je suis extrêmement motivée à bien faire. Je viens de terminer une semaine chargée pendant laquelle j’ai eu un examen d’histoire, une dissertation sur l’épistémologie et un test de physique des particules. Ce sont quelques-uns des meilleurs travaux que j’ai rédigés, et je suis dans un très bon rythme d’études en préparation pour la semaine de relâche. Notre directeur a envoyé un courriel nous annonçant qu’un parent d’un des élèves de l’école avait reçu un test positif à la COVID-19, mais que l’école restait ouverte. Le parent était asymptomatique et les autorités sanitaires avaient donc jugé que le risque était faible. Malgré cela, mes parents m’interdisent d’aller à l’école le lendemain.

Le 13 mars 2020 – Je suis allée au restaurant avec une amie et j’ai remarqué qu’il était relativement vide, mais il n’y avait pas de signes avant-coureur.

Le 15 mars 2020 – Ma mère m’a demandé de ne pas aller à la salle de sport, alors nous avons acheté du matériel d’entraînement pour la maison. Pendant que mon père et moi étions sortis l’acheter (en respectant la distanciation physique, bien sûr), j’ai reçu un courriel m’annonçant que la salle de sport était fermée. C’est à ce moment-là que nous avons toutes et tous commencé à nous isoler et à garder nos distances.

Le 22 mars 2020 – La fin de l’année scolaire est reportée. On nous a annoncé que nos examens du baccalauréat international étaient annulés. Cela ne s’est jamais produit auparavant et cela touche plus de 200 000 étudiantes et étudiants. Je me sens particulièrement frustrée, car c’était l’occasion pour moi de prouver que les prédictions de mes profs étaient fausses, et j’allais être privée de ce plaisir. Bien que cela ne concerne en rien les offres universitaires, je me sens privée de la possibilité de terminer l’année en force. La bonne nouvelle, c’est que ma charge de travail a nettement diminué et que je n’ai plus aucune évaluation.

Le 23 mars 2020 – Nous avons reçu un courriel de notre directeur nous annonçant que notre bal des finissants n’aurait pas lieu et que des efforts étaient déployés pour organiser une réunion d’une manière ou d’une autre, mais pas de la façon habituelle, bien sûr.

Le 31 mars 2020 – C’est notre premier jour de cours en ligne. C’est bien difficile de rester concentrée, de garder la notion du temps, et de fixer un écran pendant huit heures. C’est même épuisant. Fort heureusement, le personnel enseignant a commencé à nous laisser travailler de façon indépendante pour la plupart des cours, ce qui facilite un peu les choses.

Réflexions :

Dans une situation comme celle-ci, il faut rester optimiste. J’ai parfois tendance à me sentir engloutie dans un trou noir de négativité. Il est difficile de faire autrement quand tout ce pour quoi vous avez travaillé semble vous être retiré. C’est mon travail à UNICEF Canada qui me permet d’avoir une attitude positive. Je me suis dit que, peu importe comment j’obtiendrai mon diplôme, je le ferai avec le sourire pour tous les jeunes du monde entier qui n’ont pas eu la chance de vivre pleinement leur dernière année de secondaire. C’est devenu mon exutoire. Lorsque mes amis se mettent à bouder, je leur rappelle gentiment que nous avons de la chance, peu importe ce qu’ils ressentent.

Le baccalauréat international est un programme difficile, et la plupart des élèves et du personnel enseignant sont d’accord avec moi. Au cours des deux dernières années, j’ai appris ce qu’était la productivité, en particulier en ce qui concerne mes études. En raison de la COVID-19, j’ai dû toutefois redéfinir cette notion de productivité. Au cours des dernières semaines, j’ai appris à profiter du temps présent, car, à quel autre moment au cours de ma vie aurai-je la possibilité de n’être entourée que de mon environnement familial?

Être sans cesse à la maison est malgré tout inhabituel. La plupart des éléments structuraux de mes journées ont disparu, et je ne sais pas quoi ressentir. Je ne peux pas m’empêcher de me demander si c’est à cela que ressemble le fait d’être un adulte et d’avoir autant de liberté. J’ai pris sur moi de faire des activités qui me plaisent, plutôt que celles qui me sont imposées. J’ai appris plein de choses sur des sujets qui m’intéressent, plutôt que sur ceux qui font partie du programme scolaire. Parfois, je fais aussi des balades en voiture en écoutant différents postes de radio pour avoir les dernières nouvelles sur la COVID-19 et la crise de l’OPEP. Cette distance physique n’est finalement pas si mauvaise, pour moi en tout cas. Elle n’est pas géniale non plus, mais je la respecte pour ce qu’elle est.

JOURNAL D’UNE PANDÉMIE - ABEER

Abeer

Le monde entier est en crise, et tout le monde est en confinement à la maison.

Celles et ceux qui avaient l’habitude de commencer leur journée en allant à la salle de sport ou en achetant leur café sur le chemin du travail, alors que le soleil se levait, ont maintenant de nouvelles habitudes temporaires.

Les étudiantes et étudiants universitaires ont vu leurs habitudes changer. En tant qu’étudiant de deuxième année à l’université, en général pour moi, la journée commençait par le son agaçant de mon réveil à 7 h. Je devais ensuite attraper le bus pour aller sur le campus où mes cours commençaient à 9 heures. Mes matins sont différents maintenant que mes cours sont en ligne. En fait, bien des choses sont différentes depuis que je suis mes cours en ligne. 

Cela n’a pas été facile de trouver la motivation nécessaire pour faire ses travaux universitaires. La bibliothèque est l’endroit où les étudiants, tout comme moi, sont les plus productifs. Je passais le plus clair de mon temps à la bibliothèque de l’université. Si je n’étais pas en classe, j’étais à la bibliothèque en train d’étudier sur mon ordinateur portable et, maintenant, je ne peux plus y aller.

Les cours et les examens se passent en ligne, tout comme les retrouvailles avec nos amis. L’université peut avoir un effet psychologique sur n’importe qui, que ce soit en raison du stress lié à la charge de travail intense, à l’esprit de compétitivité ou, pour certains, un stress lié au fait d’être loin de chez soi. L’université est une seconde maison pour des milliers d’étudiantes et d’étudiants. Le simple fait de rencontrer un ami pour étudier ou prendre un café aidait beaucoup à se détendre. Il y a aussi sur le campus toutes sortes de services en santé mentale qui ne sont plus accessibles pour celles et ceux qui en ont besoin.

Ceci est un rappel à toutes et à tous : il ne faut pas oublier de prendre des nouvelles de votre famille, mais aussi de vos amis. Nous sommes tous touchés différemment par la COVID-19, mais tout comme elle peut affecter la santé physique d’une personne, elle peut aussi affecter la santé mentale.

L’intimidation linguistique est réelle et dangereuse

Pablo, âgé de 18 ans, Ottawa


Lorsque je suis déménagé de Montréal à Ottawa, j’avais plusieurs raisons d’être nerveux.  Laisser mes amis d’enfance derrière moi, changer d’école et déménager dans une nouvelle ville suscitait chez moi beaucoup d’anxiété à la veille du début de ma quatrième année du primaire. Lorsque je suis devenu franco-ontarien, c’est-à-dire un francophone qui vit en Ontario, j’ai découvert rapidement qu’une partie de moi me causerait des problèmes : ma langue.

Qu’il s’agisse d’arriver d’un pays où se parle une autre langue, de s’installer dans une ville où un autre dialecte est pratiqué, ou même de vivre dans un contexte où notre langue est minoritaire, notre langue maternelle joue un rôle important dans notre identité et notre vie quotidienne. Je ne faisais pas exception à cette règle.

À Montréal, j’allais à l’école et je parlais français avec la plupart de mes amis, au terrain de jeu, au parc ou à la maison. Avec l’espagnol, que je parlais à la maison et l’anglais que j’ai appris à la garderie, le français faisait partie de mon quotidien et de la manière dont je commençais à me définir. 

Les premiers mois en immersion dans l’école que nous avions choisie m’ont fait l’effet d’une douche froide. Non seulement je devais lutter pour me faire de nouveaux amis et une place dans la communauté, mais ma préférence pour le français dans cet environnement très anglophone était un défi supplémentaire. Les premiers jours, j’étais plus triste, plus silencieux et plus timide que d’habitude. Pourquoi ouvrir la bouche et interagir avec les autres quand ta langue est une source de honte et de rires mesquins? J’ai alors adopté une solution qui devait, je le croyais, résoudre mes problèmes et me permettre de me sentir mieux : j’ai abandonné mon français. Bien sûr, j’en ai perdu une grande partie très rapidement. 

Quand j’y repense aujourd’hui, c’est encore difficile pour moi de me blâmer pour ce choix. Le langage est une activité communautaire. Comment pouvais-je conserver mon français si je n’avais personne avec qui le parler? Pourquoi continuer de parler français quand tout ce que cela me donnait, c’était des regards croches, des rires et des insultes? 

À part m’avoir fait abandonner et perdre mon français, mon expérience avec l’intimidation linguistique (c’est ainsi que j’appelle l’intimidation dont j’ai souffert en raison de ma langue) m’a fait réaliser à quel point la langue est importante pour les êtres humains. Assez importante pour que le préjudice et l’inconfort causés par l’intimidation linguistique aient un très grand impact sur ma personnalité et mon estime de moi. C’est pourquoi j’ai senti le besoin de parler de mon expérience au WE Day, à Ottawa, en 2017, où j’ai encouragé des jeunes gens de partout au Canada et dans le monde à voir les différentes langues comme une richesse plutôt que comme un obstacle. 

Pendant que nous sommes encore jeunes, pourquoi ne pas décider d’apprendre une nouvelle langue? Ça peut être celle parlée dans notre famille ou l’une des langues parlées dans notre pays. Le fait de traiter les autres avec respect, peu importe la langue qu’ils parlent ou l’accent avec lequel ils la parlent, sont importants. Le geste d’apprendre une nouvelle langue, même de seulement commencer, est un signe que nous sommes ouverts au monde, aux gens qui y vivent et à leur parcours.

Dans un pays composé d’autant de communautés différentes et sur une planète où les gens sont de plus en plus interconnectés, la langue a un rôle fondamental à jouer pour bâtir un monde meilleur. Après tout, la langue est à la base une activité communautaire.

Mon histoire d’intimidation

Ghaid, 18 ans, Ontario

Si on me demandait de décrire mon enfance en un mot, le premier qui me viendrait à l’esprit serait « intimidée ». Évidemment, j’ai vécu plein de belles choses durant mon enfance, mais elle n’était pas parfaite pour autant. Pas du tout, même. En effet, je me suis fait intimider par des membres de ma famille, des professeurs, et même de soi-disant « amis ». Essayez d’imaginer que vous vous faites intimider par les gens qui sont supposés vous aimer inconditionnellement, être vos mentors et être là pour vous. 

Même si on ne m’a jamais physiquement intimidée, les cicatrices de l’intimidation verbale et sociale que j’ai subie ne se sont toujours pas refermées. Je me souviens à peine de ce que j’ai mangé pour dîner la semaine dernière, mais je me rappelle vivement d’innombrables incidents que j’ai vécus il y a des années. Je me rappelle être la fille avec la plus faible estime de soi en première secondaire. J’étais très gênée par mon petit corps maigre et le fait que je ne correspondais pas aux normes de beauté que m’imposait la société. Un jour, alors que ma tante nous rendait visite, nous étions tous assis dans la salle des invités. À un moment donné, quelqu’un a mentionné que je ressemblais à la sœur de ma tante (mon autre tante), et que nous avions des traits semblables. Évidemment, la femme à qui on me comparait était considérée comme « sous la moyenne » sur le plan de la beauté, et tout le monde le savait. C’était une évidence : elle n’était pas blonde, n’avait pas de magnifiques yeux bleus et sa peau n’était pas « assez blanche ». C’était la règle. Pour moi, la comparaison n’avait rien d’étonnant, je l’avais toujours su. Ce qui me blesse encore aujourd’hui, cependant, c’est qu’après cette comparaison, ma tante a ri et s’est exclamée : « Ma sœur est beaucoup plus belle! » 

Je sais ce que vous pensez : c’était peut-être une blague. Malheureusement, non. Je me suis dit : « Apparemment, je suis même plus laide que la personne la moins belle de la famille, wow! Quel compliment pour une jeune fille anxieuse de 12 ans! » 

Je me rappelle cet incident encore aujourd’hui. Je me rappelle aussi à quel point je m’étais toujours sentie invisible en la présence de ma cousine à moitié ukrainienne, qui trônait au sommet de la liste des grandes beautés de notre famille depuis sa naissance. Je ne vous mentirai pas, j’étais jalouse d’elle. Sa beauté n’avait pas d’égales. Elle attirait l’attention de tout le monde, lors d’événements et de rassemblements, même sur photo. En deuxième secondaire, j’ai entendu dire que si on se regarde dans le miroir tous les matins en essayant de remarquer une chose que l’on trouve belle, notre estime de soi augmentera. J’ai décidé d’essayer ça. Tous les jours, je passais 10 minutes à regarder mon reflet dans le miroir avant d’aller à l’école. J’avais même une liste de citations motivantes que je lisais à voix haute tous les matins, une forme de discours interne positif. Étonnamment, quelques jours plus tard, j’ai remarqué que ça fonctionnait! J’ai commencé à remarquer que j’avais de beaux longs cils. 

Je suis allée à l’école de bonne humeur... et mes deux meilleures amies ont une fois de plus pulvérisé mon estime de soi. Lorsque je leur ai parlé de mes cils, elles se sont regardées et ont pouffé de rire. Elles ont commencé à passer des commentaires du genre : « Où ça? Je ne les vois pas » et « Je pense qu’il me faut une loupe ». J’ai remis lentement mes lunettes, pensant qu’elles avaient peut-être raison. Je me faisais peut-être des idées. Et puis, qu’importe si j’avais de longs cils? Ce n’était rien comparativement aux grands yeux bleus de ma cousine ou à la tignasse blonde de ma tante. 

Ma grand-mère passait toujours des commentaires à propos de mon poids. Elle me disait de manger plus et de bouger moins, afin de conserver les calories que j’ingérais, et de prendre un peu de poids, car qui voudrait épouser un paquet d’os? Je me souviens d’avoir vu de nombreuses jeunes femmes super talentueuses qui n’étaient pas mariées malgré leur personnalité rayonnante, leur impressionnante liste de distinctions et leur carrière prometteuse, car elles n’étaient simplement pas assez belles. Je voyais mon avenir en elles. J’avais peur de ne jamais trouver l’amour, que seule ma mère pourrait m’aimer. J’ai été bombardée de ces commentaires irréfléchis tous les jours, pendant toute mon enfance. Le pire, c’est que je ne savais même pas que ce que je vivais, c’était de l’intimidation. 

En effet, en arabe, il n’y a pas d’équivalent pour le mot français « intimidation ». C’était très frustrant d’être incapable de décrire ce que je vivais à l’époque. Je pensais que ça faisait inévitablement partie de l’expérience de grandir. Il a fallu très longtemps pour me relever et rebâtir mon estime de soi anéantie. La clé, ce fut de comprendre que mon estime de soi n’est pas dictée par mon apparence physique. Je suis beaucoup plus que ça. Aujourd’hui, quatre ans plus tard, je me sens formidable.  J’ai décidé de me concentrer sur les choses que je peux changer, au lieu de passer ma vie à m’inquiéter des choses qui sont hors de mon contrôle. Je suis une étudiante universitaire passionnée avec de grandes ambitions et une

mpressionnante liste de réalisations. J’ai grandi et je suis devenue un modèle pour les jeunes filles, surtout celles qui vivent ce que j’ai vécu.  Suis-je devenue belle au fil des ans? Peut-être, mais je ne m’inquiète plus de ça! Aujourd’hui, je me préoccupe de choses qui sont plus importantes que ça, comme éradiquer l’Ebola, promouvoir l’égalité des sexes et réduire la faim dans le monde!

L’intimidation crée des nuages

Jay, âgé de 18 ans, Toronto

Certains jeunes en grandissant ont peut-être entendu l’expression « des bâtons et des pierres peuvent me briser les os, mais les mots ne me feront jamais de mal », mais pas moi. Ma famille et moi sommes des immigrés, et je n’ai jamais entendu cette expression, mais plutôt celle-ci : « si tu n’as pas été frappé, tu n’as aucune raison de pleurer ». Bien que la version de mes parents soit plus directe et moins poétique, je crois qu’elle transmet le même message : ce que les gens disent ne devrait pas nous blesser.

Je répétais ces mots dans ma tête en troisième année lorsqu’on m’appelait « Jay le gay ». À l’époque, je ne savais pas vraiment ce que cela signifiait, mais les moqueries constantes me faisaient me sentir très mal. Plus tard, cette année-là, j’ai été battu physiquement pour la première fois.

À l’hiver, le camarade de classe avec qui j’avais des problèmes m’a frappé avec une chaise et m’a battu dehors. Bien sûr, en tant qu’enfant âgé de huit ans qui n’avait aucune idée de ce qu’il fallait faire dans une telle situation, j’ai décidé de lui mordre le genou pour qu’il me lâche. J’ai ainsi vécu ma première expérience d’intimidation, de suspension et de changement d’école.

À cette nouvelle école, je me suis fait de nouveaux amis et j’ai eu un autre environnement. J’ai cependant très vite compris que le premier ami que je m’étais fait serait aussi la personne qui me harcèlerait physiquement. Je ne pouvais rien dire à mes parents, car, à un si jeune âge, je pensais que leur en parler signifierait que je devrais à nouveau changer d’école. Même si j’étais harcelé à cette école, je suis devenu une personne que je regretterais profondément plus tard.

Il n’y a rien d’acceptable à être un intimidateur; j’aurais dû le savoir mieux que quiconque. Après un peu plus d’un an à blesser émotionnellement et physiquement d’autres personnes, je me suis rendu compte à quel point je devenais comme celui qui m’avait forcé à changer d’école. Après quelques discussions avec les parents des camarades que j’avais intimidés, j’ai arrêté. Les élèves que j’avais embêtés allaient être ceux qui m’inviteraient plus tard chez eux et avec qui je jouerais à des jeux. Il était presque incroyable de penser que les personnes que j’avais blessées seraient aussi celles avec qui je passerais le plus de temps pendant les trois prochaines années. Les moments que je regrette le plus dans ma vie sont aussi ceux qui m’ont le plus appris. Je serai toujours reconnaissant envers les personnes qui m’ont pardonné malgré ma façon d’agir. Merci à Anmol et à Michelle, car ils m’ont appris à répondre à la haine par la gentillesse.

Entrer à l’école secondaire a été comme un nouveau départ, loin de l’intimidation physique, mais ce n’est qu’une fois l’année scolaire commencée que j’ai connu des formes de discrimination, de stéréotypes et d’exclusion. J’ai été plus stéréotypé en quatre ans de secondaire que pendant toutes les années précédentes réunies. Chaque bonne note que je recevais était suivie par une raillerie et un commentaire du genre « hum, c’est parce que tu es asiatique », et chaque mauvaise note reçue était suivie par une critique d’un autre élève disant que je n’étais pas un parfait asiatique stéréotypé. Je me suis rendu compte que mes paires avaient besoin de voir ce que signifie être asiatique pour me juger, comme s’il y avait une liste de vérification des stéréotypes à cocher. Je peux voir cette liste dans ma tête : « bon en maths, joue du piano, pratique les arts martiaux, bon en sciences ». Toutes ces choses faisaient partie d’un stéréotype, et c’étaient aussi les choses dans lesquelles j’échouais.

Comme je trouvais de plus en plus difficile de gérer les stéréotypes constants, j’ai essayé de trouver des activités qui m’occupaient. Je me suis tourné vers la création d’œuvres d’art, les jeux vidéo et l’écriture. J’ai eu la chance d’avoir des amis qui pouvaient me comprendre et parler ouvertement de situations similaires que nous avions vécues relativement à l’intimidation.

Que ces systèmes de soutien soient toujours là était mon rêve. Les gens sont souvent coincés dans leur propre vie, ils ont leurs propres batailles à livrer ou, parfois, ils ne sont pas prêts à apporter leur aide. C’est une réalité à laquelle j’ai fait face lors de mes dernières années d’études secondaires. Lorsque la tension a monté entre mes amis et moi, ils m’ont traité comme un étranger pendant trois mois. Les conflits extérieurs et l’exclusion sociale m’ont conduit à ma première dépression.

En tant que personne extrêmement timide et introvertie, j’ai trouvé que demander de l’aide pour un problème de santé mentale était une source de stress. Regarder le numéro de téléphone de la ligne d’aide et décider de ne pas le composer était plus courant que cela n’aurait dû l’être. Une seule pensée m’habitait : que le stress et la dépression que je vivais étaient temporaires, comme un nuage dans le ciel. Bien sûr, les nuages bloquent la lumière du soleil certains jours, mais ils finissent par disparaître. Ça allait simplement prendre du temps. Alors que je m’accrochais désespérément à cette pensée, l’un des amis qui m’avaient tourné le dos m’a tendu la main et s’est excusé. J’ai alors remarqué que les rôles avaient encore une fois changé et que, cette fois, j’allais être l’ami qui pardonne et qui passe à autre chose.

Maintes et maintes fois mes amis allaient être les seuls à m’aider et à m’empêcher de sombrer dans une chute émotionnelle et mentale. Avoir le soutien de personnes en dehors de ma famille m’a beaucoup aidé dans ma façon de gérer l’intimidation et la dépression. Chaque personne a sa propre histoire et ses propres batailles. La meilleure façon d’aider une personne qui fait l’objet d’intimidation est de la soutenir. Même si vous n’avez rien à dire, l’écouter peut faire beaucoup de bien. Si vous êtes la cible d’intimidations, essayez d’en parler à un ami ou à un adulte en qui vous avez confiance. C’est terrifiant, oui, mais c’est plus sain que de tout garder pour soi. Croyez-moi, j’ai côtoyé des intimidateurs toute ma vie. Les choses finissent par aller mieux. Le ciel est peut-être nuageux, mais ça passera.

Diluer le lait avec de l’eau

Suhaima, 20 ans, Ontario

Pendant longtemps, j’ai été une enfant qui n’a jamais connu de véritable chez-soi. À cause de mon milieu familial instable, j’ai été contrainte de déménager plusieurs fois et de m’installer dans différentes villes. Ma mère et moi avons vécu dans plusieurs maisons d’hébergement pour femmes et enfants victimes de violence conjugale, ou encore chez des membres de notre famille. 

Souvent, lorsqu’on me demandait d’où je venais, je ne pouvais pas donner de réponse précise. Devrais-je m’identifier à mon héritage culturel, dont je ne savais pas beaucoup de choses? Devrais-je m’identifier à la ville dans laquelle j’ai vécu jusqu’à tout récemment? Devrais-je m’identifier à mon lieu de résidence actuel?  Cette question était particulièrement déchirante, car j’étais jeune et je devais trouver mon identité, mais celle-ci me semblait incomplète parce que je n’avais pas connu d’endroit où je pouvais me sentir chez moi. 

Ma mère faisait de son mieux. Elle devait concilier sa recherche d’emploi et ses études (ma mère est retournée à l’école) et devait s’occuper de moi, en plus d’endurer les préjugés culturels liés au fait d’avoir divorcé deux fois. Mon premier souvenir des maisons d’hébergement, c’est d’avoir mangé de la pizza et du chocolat (c’était du chocolat en forme de rocher). Alors, si nous allions parfois nous installer chez l’un de nos proches (ce qui arrivait généralement quand les choses tournaient mal), c’était pour moi comme une bouffée d’air frais étant donné toute la variété d’aliments qui soudainement s’offraient à moi. J’étais très heureuse de pouvoir manger de la nourriture que je connaissais bien et que j’aimais. Malgré tout, je pouvais lire dans le regard de ma mère la culpabilité qu’elle éprouvait lorsque des membres de notre famille devaient nous accueillir sous leur toit. Je crois que pour ma mère, c’était un genre d’échec. 

Parfois, nous nous retournions chez mon beau-père pendant quelques mois, ce qui se traduisait chez moi par de l’anorexie. Je me limitais à 400 calories par jour et j’ai très rapidement perdu du poids. J’ai fini par perdre plus de treize kilos. À ce stade, je ressentais de fortes douleurs dans mes jambes en raison du manque de nutriments. Inquiète de mon état, ma mère m’a emmenée voir plusieurs médecins. Elle essayait de me convaincre de manger. Elle me demandait de boire un verre de lait devant elle dès qu’elle en avait l’occasion. Je diluais le lait avec de l’eau juste assez pour en conserver l’apparence, pour lui faire croire que je buvais du lait, et pour consommer moins de calories. Je n’ai jamais dit à ma mère que ce lait était en fait dilué. Je suppose que j’étais simplement une fille de onze ans qui voulait avoir le contrôle sur au moins un aspect de sa vie, même s’il ne s’agissait que de nourriture. 

De maison en maison, une nouvelle intervenante sociale se manifestait. Certaines étaient gentilles et dévouées, d’autres étaient indifférentes, et les autres ne m’ont laissé aucun souvenir. Il y avait toujours une nouvelle intervenante sociale. C’était un rappel permanent de notre situation. Elles essayaient de nous aider, mais les choses ne semblaient jamais beaucoup changer. Peu importe où je me trouvais, j’étais aux prises avec les mêmes problèmes. J’étais victime d’intimidation. J’étais anorexique. J’étais une fille dont l’enfance a été marquée par les mauvais traitements.

L’école est une période difficile pour tout le monde, mais devoir sans cesse déménager, se faire de nouveaux amis et établir de nouveaux contacts rendait cela bien pire pour moi. On me harcelait constamment et me rappelait que je n’étais pas à ma place. J’étais toujours la « nouvelle fille ». Je n’ai jamais eu le même groupe d’amis pendant plus de quelques mois, alors que la plupart des autres filles avaient grandi ensemble. Je les enviais tant, et elles ne savaient pas à quel point j’avais besoin de faire partie d’un groupe, ou d’avoir des amis. Tandis que je buvais mon lait dilué, elles pouvaient boire du lait entier. Elles pouvaient même boire du lait au chocolat. Elles pouvaient se le permettre. Elles étaient heureuses.

Je ne prenais aucun plaisir à être à l’école, mais rentrer à la maison ne m’enchantait pas non plus. Cela voulait dire rentrer à la maison pour être avec mon beau-père violent ou rentrer à la maison pour subir l’air abattu de ma mère. 

Quelques années plus tard, j’ai finalement décidé de m’en tenir à l’identité de « fille intelligente ». Ainsi, je pouvais passer mon temps à faire mes devoirs ou à écrire de la poésie, qui sont sans doute les deux seules choses qui m’ont permis de garder les pieds sur terre.  

Cette identité de fille intelligente s’est retournée contre moi, brutalement, pendant mes années à l’école. Des surnoms du genre « grosse tête » et « chouchoute du professeur » me suivaient sans cesse. J’étais la fille qui était trop maigre, trop bosseuse, trop nouvelle, j’étais jugée trop imparfaite. C’est pour cela qu’on me lançait des glands pendant la récréation. C’est pour cela, qu’on ne manquait pas, au moins une fois par jour, de donner un coup de pied à ma chaise. Il y avait toujours quelqu’un qui me menaçait de me jeter dans la poubelle de l’école. Une fille m’a bousculée dans le couloir et frappée au visage. Quelqu’un d’autre a remplacé toutes les étiquettes associées à mes photos Facebook par le mot « laide ». Je me suis pourtant accrochée à cette identité, car j’en avais besoin. Mais par-dessus tout, c’est à l’extérieur de l’école qu’elle m’a été utile, ne serait-ce que pour me distraire.

J’ai commencé à perdre cette identité lorsque nous n’avions plus les moyens de payer notre Internet. Alors que mes camarades avaient des A dans nos devoirs d’histoire, j’obtenais des C. Le lait que je buvais lentement était de plus en plus dilué, au point qu’il ne ressemblait plus qu’à une vague eau trouble, mais j’avais besoin de m’agripper à quelque chose, même si cette chose était l’anorexie.

Un jour, j’ai craqué et j’ai fondu en larmes en classe. J’ai dit à mes enseignants que je pleurais parce je n’avais plus accès à Internet. En réalité, je pleurais à cause de tous les événements qui sont arrivés avant la perte de mon accès à Internet, comme la violence domestique au quotidien, le fait de ne pas avoir d’identité ou une maison à moi et ma fixation névrotique à vouloir contrôler mon poids. 

Parfois, ma mère et moi habitions avec ma belle-famille : mes quatre demi-frères et demi-sœurs par alliance et mon beau-père. Nous étions tous les sept entassés comme des sardines dans un minuscule sous-sol qui pour chacun d’entre nous constituait à l’époque notre foyer. Notre automobile était une vieille fourgonnette repeinte en rouge. Si la fourgonnette se trouvait dans l’entrée de la cour, cela voulait dire que mon beau-père était à la maison. 

Je savais que voir la fourgonnette stationnée dans la cour voulait dire que ma mère allait souffrir. Je savais que la fourgonnette voulait dire que je ne pouvais plus me brosser les dents comme je voulais, ou m’appuyer contre un mur d’une certaine manière, ou écouter de la musique ou m’exprimer dans ma propre langue, ou que je ne pouvais plus appeler ma mère « Maman » (parce que je devais faire semblant qu’elle était ma « tante » pour que mes demi-frères et mes demi-sœurs par alliance ne se sentent pas exclus). La fourgonnette était un symbole de défaite. C’était un symbole qui signifiait du lait dilué avec de l’eau. C’était un symbole qui signifiait que, pendant des années, je pleurais jusqu’à ce que je m’endorme. 

La nuit, je m’entrainais à dire le mot « Maman ». J’appelais ma mère « Maman » chaque fois que mon beau-père était sorti de la maison. 

Un jour à la fois, je suis arrivée à m’en sortir. En dépit de tout, j’avais la passion d’apprendre et je me servais de mon identité de « fille intelligente » pour me tirer de cette situation : l’éducation était ma seule source de motivation. Lorsque ma mère et mon beau-père ont finalement divorcé, j’étais tellement joyeuse. J’étais tellement plus heureuse, j’ai repris du poids, j’ai mis à profit mon identité de « fille intelligente » pour devenir l’une des meilleures élèves de mon école secondaire, j’ai obtenu mon diplôme avec de nombreuses récompenses, dont le Ideal Graduate Recognition, et par la suite, j’ai commencé mes études à la Faculté des sciences de la santé de l’Université Western.

Mais j’ai attendu sept ans avant que cela ne se produise. 

Pendant sept ans, j’ai dû supporter la fourgonnette, les maisons d’hébergement, le sous-sol, les insultes et le lait dilué.
 

Une initiative locale, des retombées internationales 

Varnikaa, âgée de 18 ans, Ontario

J’ai toujours eu le privilège de faire partie des 2 % d’Indiennes et d’Indiens qui appartiennent à la classe moyenne, alors que la majorité du reste de la population vit sous le seuil de la pauvreté. À l’âge de huit mois, j’ai immigré de l’Inde au Canada et je me suis tout à coup trouvée plongée dans un milieu de vie idéal. Les statistiques sur la pauvreté étaient bien loin de la bulle protectrice que mes parents avaient soigneusement créée autour de moi. 

Malgré mon innocence, la pauvreté était quasi impossible à ignorer quand je retournais avec mes parents dans notre pays d’origine. Le voyage me laissait une foule de souvenirs. La plupart d’entre eux étaient liés aux expériences auprès de ma famille, remplies de plaisir et de bonheur. Malheureusement, d’autres étaient beaucoup moins agréables. Parmi eux, il y avait l’image de jeunes mères, tenant leur bébé d’une main pour pouvoir mieux mendier de l’autre auprès des étrangers, ou encore l’image de jeunes filles et garçons frappant aux fenêtres des voitures arrêtées dans la circulation dans l’espoir d’avoir de la nourriture. 

Puisque j’étais une « bonne fille », j’avais toujours suivi les conseils des gens qui me disaient de ne pas établir de contact visuel avec les mendiants que je rencontrais. Et enfin, à l’âge de neuf ans, je me suis demandé : Pourquoi? Pourquoi ne donne-t-on pas aux gens qui nous sollicitent alors que nous sommes plus choyés qu’eux à la maison? 

Les années ont passé et j’ai poursuivi ma vie de privilégiée au Canada. J’étais une bonne élève à l’école secondaire. J’assistais à tous mes cours, j’y ai obtenu de bonnes notes et j’ai participé à la vie de l’école. J’ai suivi ce rythme pendant encore un an jusqu’à ce je décide que je voulais en faire plus. En Inde, l’éducation est un moyen fondamental pour les gens de sortir de la pauvreté. Ici, au Canada, nous la tenons pour acquise. Personnellement, j’ai toujours aimé l’école, particulièrement les cours d’arts plastiques, et j’ai un jour senti que je devais partager ma passion avec d’autres jeunes. 

Encouragée par mes parents, j’ai parlé de mon idée aux membres du personnel enseignant, à mes camarades et au directeur de l’école. En avril 2015, Learning through Art était né. Learning through Art est devenu un programme parascolaire permettant aux élèves de première et de deuxième année de réaliser des projets artistiques lors d’ateliers qui renforcent leur cursus. Ces ateliers se tiennent dans une école publique de Toronto, en Ontario. Dès la première année, les enfants ont adoré, nous ont demandé de revenir l’année suivante et même de faire la même chose à tous les niveaux scolaires, afin de pouvoir poursuivre le programme au-delà de la deuxième année. 

C’est à cette époque que j’ai fait la connaissance de M. Subhash Chandra, le secrétaire général d’un organisme appelé Ekal. Cet organisme se consacre à l’épanouissement général des gens se trouvant dans des zones rurales et des villages tribaux en Inde, principalement par le biais de l’éducation. M. Chandra m’a montré des photos d’enfants qui pouvaient enfin aller à l’école. Voir leur sourire est la plus belle récompense que je pouvais espérer. Je lui ai raconté mon histoire. Que je travaillais auprès d’enfants au Canada afin qu’ils développent un intérêt pour l’éducation, ce qui aurait été impossible s’ils n’avaient pas pu aller à l’école. Ekal donne aux enfants défavorisés cette possibilité. Je devais m’engager dans le mouvement. Learning through Art est devenu le moyen d’opérer des changements à l’échelle locale et internationale grâce aux fonds recueillis dans le cadre du programme, afin de soutenir l’éducation à l’étranger.

Et ce n’est là qu’une parmi les millions de situations reliées à la pauvreté dont je peux parler. Il n’y aura jamais trop de sensibilisation à cet égard. Il n’y aura jamais trop d’aide. Découvrez ce qui vous anime, et servez-vous-en pour amorcer un vent de changement.

Lutter contre l’intimidation aujourd’hui

Alexina, âgée de 14 ans, Manitoba

L’intimidation est une réalité à laquelle nous faisons tous face, certains plus que d’autres. Parfois on ne la remarque pas, ou peut-être qu’on aime mieux ne pas la voir, tout simplement. Quand j’étais en deuxième année, une nouvelle fille est arrivée à notre école. Elle venait d’Afrique. Comme je ne la connaissais pas, j’ai commencé à l’intimider. Aujourd’hui, la situation a changé et implique d’autres personnes. 

De nos jours, la plupart des actes d’intimidation se passent en ligne, ou du moins, c’est là qu’ils commencent. Les médias sociaux sont une plateforme parfaite pour l’intimidation. Ils nous montrent de quoi on devrait avoir l’air et comment nous comporter, et si on n’entre pas dans le moule, nous sommes immédiatement exclus. Si on regarde autour de nous, on ne voit plus beaucoup d’intimidation, tout simplement parce que tout se passe en ligne. 

La cyberintimidation. Tout ce que ça prend, c’est une photo. La plupart des filles aiment mettre des égoportraits (selfie) sur leur compte Instagram ou sur Snapchat. Lorsqu’on retourne les regarder, on lit des commentaires positifs sur nous et nos égoportraits. Mais c’est ce qui se passe en coulisses qui a un impact. 

Les jeunes passent la plupart de leur temps sur les médias sociaux et un meme ne fait plus rigoler, surtout quand on l’a vu 10 fois en une heure. Alors vers quoi se tourne-t-on lorsqu’on a fait le tour d’Internet? On va souvent revoir des égoportraits que les gens ont publiés et on pointe la moindre faille dans les images. Et voilà, c’est parti. 

Commence ensuite l’étape du mémérage. Les gens vont commencer à répandre tout ce qu’ils peuvent comme méchancetés sur la personne aussi vite qu’ils le peuvent. Aussitôt que tout le monde sait ce qui ne marche pas avec votre photo, ils vont commencer à critiquer votre coiffure, les souliers que vous portez, les gens avec qui vous échangez, tout ce qu’ils peuvent faire pour monter toute une histoire autour de cet égoportrait. Ensuite, ils vont parler contre vous en se tenant carrément debout derrière vous (ça, c’est vraiment se faire « parler dans le dos »!), et à partir de là, ça ne peut qu’empirer. 

Allez, secoue-toi! - L’histoire de Sal

Aisha, 19 et Sal, 18

Ce blogue a été écrit par deux étudiantes universitaires. Bien qu’il ait été initialement publié dans un seul billet de blogue, nous avons fait le choix éditorial de le scinder en deux parties. Pour lire la deuxième partie, faire défiler vers le bas.

Nous nous appelons Sal et Aisha et nous sommes toutes deux étudiantes de première année à l’université. Tout le monde souffre d’un quelconque problème de santé mentale, mais presque personne n’en parle. Il est tellement facile de s’absenter du travail en raison d’un problème de santé physique, que ce soit à cause d’une fièvre ou d’une grippe, mais nous n’entendons jamais un employé dire qu’il a besoin d’une journée de congé parce qu’il est incapable de se lever à cause d’une crise d’anxiété ou de panique. 

La maladie mentale fait encore l’objet d’une importante stigmatisation. À un point tel que certains parents vont même jusqu’à préférer que leur enfant passe à travers une leucémie plutôt qu’une dépression clinique. Reconnaître tout d’abord l’existence des maladies mentales, et reconnaître que la santé mentale est aussi importante, sinon plus, que la santé physique, est le point de départ pour sensibiliser le public à la lutte contre pareille stigmatisation. 

L’histoire de Sal 

Je m’appelle Sal. Je suis reconnue comme étant une personne très extravertie et enjouée. En gros, je suis une adolescente typique qui aime tout ce se rapporte de près ou de loin à manger et dormir. Mes livres préférés sont Mille soleils splendides de Khaled Husseini et Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur de Harper Lee. Oh et j’oubliais un fait important : je ne suis pas fan du iPhone… LONGUE VIE AUX SAMSUNG!

Maintenant que vous en savez un peu plus sur moi, laissez-moi vous présenter d’autres caractéristiques à mon sujet qui sont en lien avec mon histoire. Je suis arrivée au Canada en sixième année. L’un des aspects les plus difficiles de mon parcours a été de m’ajuster à mon nouvel environnement. À l’école, les autres élèves ne m’invitaient jamais à jouer avec eux; je faisais donc ma petite affaire dans mon coin. Ce n’était pas amusant, mais c’est ce qui arrive quand tu es la petite nouvelle. Grâce à tout ce temps passé seule, j’ai découvert que j’adorais vraiment les mathématiques. J’avais toujours été bonne en mathématique, mais maintenant, je voulais plus : je voulais réellement exceller dans ce domaine. Naturellement, toute personne qui est passionnée par quelque chose travaille très fort pour s’améliorer afin de devenir meilleure.

J’ai réalisé que les mathématiques pouvaient servir de moyen pour établir des liens avec mes camarades de classe parce que je pouvais les aider avec leurs questions. Lentement, tout le monde a commencé à me parler, particulièrement lorsque les gens avaient besoin d’aide en mathématiques. Au fil du temps, j’ai fini par être connue comme la « bollée » de l’école. Pour moi, qui a grandi dans une culture où chacun rivalise pour obtenir les meilleurs résultats, me faire appeler la « bollée » était très spécial. Cependant, j’ai souvent été victime d’intimidation et mes parents étaient mes seuls véritables confidents. On me traitait de tous les noms ou on riait de mon accent. Ultimement, je me suis fait une amie que j’appelais « Solitude », qui était là chaque fois que j’avais besoin d’elle. Ma seule et véritable amie. J’ai appris que peu importe ce que nous faisons et ce que nous disons, il y aura toujours des gens toxiques qui tenteront de nous rabaisser. J’ai donc appris à m’en sortir seule.

Un jour, alors que j’étais en onzième année, j’ai réalisé que mes jours d’absence totalisaient deux mois. Or, la plupart de ces jours d’absence, je n’avais pas de raison pour rater mes cours. Mon entourage a commencé à me traiter de paresseuse, d’irresponsable ou de ratée. Le plus étonnant dans cela est que je n’avais absolument aucune raison de me sentir ainsi. Je ne voulais tout simplement parler à personne alors que j’avais pourtant toujours été très extravertie, que j’adorais faire de nouvelles rencontres et que j’aimais apprendre de nouvelles choses. À un certain moment, j’ai commencé à avoir de très mauvais résultats scolaires. J’étais incapable de dormir la nuit. Je me sentais presque trop fatiguée pour faire quoi que ce soit. J’étais constamment drainée et épuisée. Et le pire dans tout ça est que je détestais maintenant les mathématiques. Je me sentais exténuée comme jamais à la simple idée de faire des mathématiques. Malgré des résultats scolaires désastreux, j’ai réussi à passer en douzième année.

J’ai revu ma vieille amie Solitude. Peu de temps après, j’ai rencontré son cousin Dépression et j’ai été obligée de devenir amie avec lui aussi. Même si je n’avais jamais rencontré Dépression auparavant, j’ai commencé à me tenir avec lui chaque jour. Peu importe l’heure, peu importe où je me trouvais, Dépression était toujours là pour moi, ou plutôt avec moi, devrais-je dire. J’étais clouée au lit. J'étais incapable d'aller nulle part. Je détestais le soleil. Je haïssais chacun des aspects de ma vie. Lorsque je suis entrée à l’école secondaire, j’ai décidé que je ne retournerais plus jamais à mon école primaire.

Dans les films, le personnage principal réussit toujours à faire quelque chose d’héroïque malgré tous les obstacles qui se présentent à lui. Je voulais, à mon tour, que ma triste histoire ait une belle fin, mais ce dénouement heureux ne s’est jamais produit. Chaque fois que je tentais de parler à quelqu’un de mon état, on me disait simplement de me secouer. Je pensais toujours que quelque chose clochait chez moi, que j’étais simplement « étrange ». Lorsqu’on me demandait ce que je faisais pour m’amuser, je ne savais pas quoi répondre parce plus rien ne me réjouissait. Je n’acceptais plus aucune invitation à sortir, juste parce que je voulais passer plus de temps seule à ne rien faire et à parler de tout ce qui clochait chez moi. Lentement, j’ai réalisé que j’étais incapable de prendre un quelconque engagement. Au début de chaque journée, je me disais « À compter d’aujourd’hui, je… » et je me couchais chaque soir avec un sentiment d’échec parce que je n’arrivais tout simplement pas à reprendre le dessus.

Je regardais tout le monde autour de moi en pensant que j’étais en train de me noyer et que personne ne pouvait le voir. Je me noyais mais je gardais le sourire devant mes camarades de classe. Parfois, je me sentais à bout de souffle et personne ne le voyait. Mon entourage me considérait encore comme la fille heureuse et enjouée que j’étais, mais personne ne voyait le vide, le trou béant qui s’était creusé en moi. J’ai pris conscience après un certain temps que je ne faisais que fréquenter ma vieille amie et son cousin.

Même si j’ai reçu un diagnostic clair de dépression clinique de la part de mon médecin, mes parents pensaient que j’inventais une maladie pour attirer l’attention. Chaque jour, je souhaitais que les choses changent, mais rien ne changeait. Parmi toutes les épreuves auxquelles j’ai dû faire face, la pire situation a été pour moi lorsque j’ai tenté de tout expliquer à mes parents alors que je n’avais aucune idée de ce qui n’allait pas chez moi; je ne savais pas comment expliquer le vide que je ressentais ou cette sensation d’être à bout de souffle. Mes parents m’ont demandé d’aller à des fêtes ou de participer à des programmes, mais j’étais incapable de leur expliquer à quel point je n’avais aucun intérêt pour quoi que ce soit.

Je vois la vie comme un magnifique train, qui va toujours vers l’avant, puis sans crier gare, s’arrête parce que les rails sont brisés sur une certaine distance. À ce moment, si je ne transporte pas mon propre train pour le remettre sur les rails, je crois que je ne me rendrais nulle part. Je suis actuellement en première année à l’université. Tant de choses ont changé. Lorsque je rencontre de nouvelles personnes, je laisse encore une première impression de fille enjouée et je tente de ne pas présenter mon vieil ami Dépression à quiconque. J’ai rencontré d’autres personnes qui ont également reçu un diagnostic de dépression, mais je sens toujours que ma relation avec mon ami Dépression est plus profonde et plus intime que les autres.

Je suis encore ici aujourd’hui. Je suis toujours en processus de rétablissement. Je ne suis peut-être pas l’héroïne de mon histoire pour l’instant, mais je ne pense pas non plus que mon histoire devrait se terminer pour autant.

Je prends une pause dans la rédaction de mon histoire. J’ai encore beaucoup de pages à écrire. Même si mon histoire ne se termine pas comme un conte de fées, je pense qu’elle vaut la peine d’être lue, puisqu’elle est le reflet de mon authenticité et de ma singularité.

Allez, secoue-toi! - L’histoire d'Aisha

Aisha, 19 et Sal, 18

Ce blogue a été écrit par deux étudiantes universitaires. Bien qu’il ait été initialement publié dans un seul billet de blogue, nous avons fait le choix éditorial de le scinder en deux parties. Pour lire la deuxième partie, faire défiler vers le haut.

Nous nous appelons Sal et Aisha et nous sommes toutes deux étudiantes de première année à l’université. Tout le monde souffre d’un quelconque problème de santé mentale, mais presque personne n’en parle. Il est tellement facile de s’absenter du travail en raison d’un problème de santé physique, que ce soit à cause d’une fièvre ou d’une grippe, mais nous n’entendons jamais un employé dire qu’il a besoin d’une journée de congé parce qu’il est incapable de se lever à cause d’une crise d’anxiété ou de panique.  

La maladie mentale fait encore l’objet d’une importante stigmatisation. À un point tel que certains parents vont même jusqu’à préférer que leur enfant passe à travers une leucémie plutôt qu’une dépression clinique. Reconnaître tout d’abord l’existence des maladies mentales, et reconnaître que la santé mentale est aussi importante, sinon plus, que la santé physique, est le point de départ pour sensibiliser le public à la lutte contre pareille stigmatisation. 

Aisha: voici mon histoire 

Je débuterai par où tout a commencé. Au début de ma première année à l’université, je me trouvais devant un monde de possibilités : étudiante exemplaire, j’avais été acceptée dans mon programme de premier choix et j’étais accompagnée de tous mes amis du secondaire. J’avais vraiment l’impression que l’université allait être un jeu d’enfant grâce à tout le soutien dont je bénéficiais.

Or, ce qui allait se passer était à des années-lumière de ce à quoi j’aurais pu m’attendre. Tout d’abord, j’ai été très surprise de me retrouver dans des classes de 1 500 étudiants; je me sentais sans importance chaque fois que j’entrais dans ces locaux. Je n’étais qu’une petite voix dans une foule gigantesque et nous devions mémoriser, mémoriser et mémoriser chaque mot prononcé par le professeur. Ensuite est arrivée l’atroce et injuste période des examens. Pour la première fois de ma vie, j’ai échoué à un examen. Et je ne pouvais rien y changer parce que je n’étais qu’une petite voix sans importance.

Après cet épisode, les échecs ont commencé à s’accumuler et ce fut le début d’une longue spirale de perte d’estime. Je ne me suis jamais considérée comme quelqu’un qui détermine sa valeur personnelle d'après ses résultats scolaires. Mais étant donné que les gens autour de moi étaient impressionnés par le fait que j’avais été admise dans une université renommée et que j’étais reconnue pour mon intelligence, la pression pour obtenir aisément une moyenne de 4.0 était très forte.

Pour empirer les choses, mes amis avaient des résultats exceptionnels dans les cours où moi, j’éprouvais de la difficulté. Alors, plutôt que de demander de l’aide, je me suis renfermée sur moi-même. J’ai commencé à éviter mes amis pour ne pas avoir à parler de mes résultats. J’avais peur d’être jugée inférieure à eux ou de susciter de la pitié si je leur parlais de ma situation. J’étais tellement triste que j’ai perdu toute motivation.

C’était un sentiment totalement nouveau pour moi; ça ne ressemblait pas du tout à de la procrastination. C’était plutôt comme une force impossible à vaincre. Ce n’était pas comme remettre un devoir à plus tard, mais finir par le faire parce qu’on tient à avoir de bons résultats. Non. Je voulais simplement dormir et je me moquais éperdument d’obtenir un zéro pour un devoir.

Après plusieurs moments pénibles à me sentir complètement dépassée, la semaine de relâche est arrivée. Sans cette semaine, je ne pense vraiment pas que j’aurais pu me sortir de cet immense trou que j’avais creusé pour moi-même. J’ai eu l’occasion de revoir des amis avec qui je n’allais pas à l’université et qui m’ont aidé à comprendre que personne n’était là pour me juger. Ils m’ont fait comprendre que tout le monde vit des hauts et des bas et que personne ne me jugerait à cause de cela. J’ai simplement aimé la vie durant cette semaine. J’ai été en mesure de renouer avec moi-même spirituellement, et j’ai pensé à ce que j’avais plutôt qu’à ce que je n’avais pas.

Grâce à cette période salvatrice, j’ai été capable de terminer ma première session. Après toute cette adversité, j’étais loin de me douter que j’allais devoir faire face à un autre combat seulement quelques mois plus tard. Depuis octobre, mon frère consulte un médecin pour traiter ses problèmes d’anxiété. En janvier, je l’ai vu passer à travers une attaque de panique en n’ayant absolument aucune idée de ce qui lui arrivait. Je crois que je n’étais pas prête à accepter le problème de santé mentale de mon frère comme j’aurais dû l’être. Je pensais qu’il ne cherchait qu’à attirer l’attention. Il semblait toujours rechercher la sympathie de la part de tout le monde parce qu’il PARLAIT TOUJOURS DE SON ÉTAT.

Je pense que j’avais de la difficulté à l’accepter parce que je l’avais toujours considéré comme un petit frère en bonne santé qui n’avait aucun souci. Il va au cégep le matin et le soir, et il joue à des jeux sur sa Xbox One avec ses amis. Je n’avais pas pris conscience que N’IMPORTE QUI peut vivre de l’anxiété. Effectivement, nous avons tous des problèmes qui, bien qu'ils puissent sembler sans importance pour d'autres, semblent insurmontables pour nous.

Plus tard au cours du mois de janvier, j’ai eu une sensation étrange de serrement au niveau de la poitrine et de l’estomac, semblable à ce que l’on ressent avant une présentation. Or, je n’avais aucune présentation à donner; j’étais simplement couchée sur mon lit en train de regarder des vidéos sur YouTube. Mon cœur s’est mis à battre très rapidement pour aucune raison. J’étais troublée et effrayée. Instinctivement, j’ai donc ordonné à mon cœur de ralentir, ce qui n’a pas aidé. C’est comme si j’avais peur, mais pour aucune raison. Lorsque j’ai parlé à Sal de ce que je vivais, elle m’a confirmé qu’il s’agissait bel et bien d’une crise d’anxiété.

Je ne sais vraiment pas trop comment l’expliquer, mais je dirais que la stigmatisation entourant pareil trouble m’a fait sentir comme si la situation était bien pire qu'elle ne l’était réellement. On dit que l’anxiété est causée par le stress. Or, chaque fois que j’avais ces crises, je n’étais stressée à propos de RIEN. Rien dans ma réalité concrète du moins, mais peut-être quelque part dans mon subconscient. La meilleure façon pour moi de gérer la situation pendant une crise était de parler à quelqu’un d’autre de ce qui m’arrivait. J’ai ainsi réussi à diminuer la fréquence des crises et à en atténuer les incidences négatives sur ma vie. Parler de ce qui m’arrivait avait pour effet de rendre le problème minuscule parce qu’il ne s’agissait plus de quelque chose que je tentais de cacher. Je comprends tellement plus aujourd’hui pourquoi mon frère parlait TOUJOURS de son anxiété. Tout comme pour moi, cela devait lui faire le plus grand bien.

Je pense que ces nouvelles expériences de vie ont fait de moi une personne beaucoup plus humble qu’il y a un an. Le fait que j’ai été capable de surmonter ces obstacles me prouve que je suis plus forte que je ne le pensais.

En commençant à avoir des conversations sur l’anxiété avec mes amis, j’ai constaté que ceux qui réussissaient supposément très bien à l’université, ceux que je croyais qui avaient des résultats scolaires exceptionnels, vivaient également de l’anxiété. Les gens que nous connaissons depuis longtemps autour de nous livrent tous leurs propres batailles personnelles. Il ne faut donc pas présumer que leur vie est parfaite.

En parlant avec une amie récemment, elle m’a dit qu’elle vivait des crises d’anxiété depuis qu’elle avait onze ans, mais qu’elle n’a su qu’en douzième année de quoi il s’agissait exactement lorsqu’une amie lui a demandé si elle souffrait d’anxiété. Elle m’a dit que ses crises se produisaient dans des situations où elle se sentait inadéquate ou où elle ne se sentait pas à la hauteur en se comparant aux autres.

Cela montre à quel point nous pouvons être inconscients en matière de problèmes de santé mentale. Les blessures psychologiques sont beaucoup plus difficiles à remarquer que les blessures physiques, mais elles devraient être traitées de la même manière.

Si j’avais un seul message à vous transmettre, je vous dirais que si vous vivez des choses qui vous semblent anormales, n’acceptez pas tout bonnement votre sort : investiguez et trouvez de quoi il s’agit exactement afin de ne pas rester dans l’obscurité. Apprendre qu’on souffre d’un problème de santé mentale est la première étape vers le rétablissement parce qu’il est ainsi plus facile de trouver des traitements possibles et des moyens de l’atténuer.

Être victime d’intimidation m’a rendue plus forte

Disha, âgée de 16 ans

J’ai subi certaines formes d’intimidation. Toute ma vie, j’ai surtout subi des actes d’intimidation de la part d’amies qui m’excluaient. Les deux premiers cas ont eu lieu à l’école primaire. À l’époque, j’étais dévastée, mais étant donné que cela s’est produit il y a longtemps, je ne considère plus ces situations comme étant pertinentes. Le plus récent cas d’intimidation dont j’ai été victime s’est produit récemment. J’avais une meilleure amie et je pensais que cette amitié durerait toute la vie, mais, vers la fin de l’été dernier, j’ai commencé à avoir l’impression qu’elle ne me considérait plus comme quelqu’un d’important pour elle. Comme cela me dérangeait beaucoup, j’ai parlé du problème avec elle, et nous l’avons résolu. 

Nous sommes retournées à l’école et nous passions aussi du temps avec deux autres filles. Nous mangions chaque jour toutes les quatre, et tout allait bien. Mais, moins d’un mois après l’incident de l’été, j’ai commencé à me sentir exclue, comme si je ne faisais plus partie du groupe. Je me suis sentie vraiment perdue pendant les deux semaines suivantes, sans personne à qui parler. Je ne pouvais même pas parler à ma meilleure amie, car j’avais l’impression qu’elle commençait à me considérer comme une simple connaissance. 

Les semaines suivantes, les choses ont pris une nouvelle tournure lorsque la situation est devenue vraiment tendue entre moi, ma meilleure amie et une autre fille du groupe. Deux semaines plus tard, je me suis assise avec elles pour parler de tout cela; j’ai cru au début que cela s’était bien terminé pour me rendre compte quelques heures plus tard que je me trompais. Tout ce qu’elles ont réussi à faire en réalité, c’est de tout me mettre sur le dos et de me reprocher tout ce qui avait mal tourné au sein du groupe. Je me suis excusée pour tout ce qu’elles me reprochaient et, lorsque j’ai essayé de leur dire ce qui, selon moi, n’allait pas, elles ont trouvé le moyen d’inverser la situation, de m’en rendre responsable et de me faire m’excuser pour cela! Cela me rendait folle. 

J’ai essayé d’avoir une dernière conversation avec ma soi-disant meilleure amie, mais même là je me suis retrouvée à m’excuser pour tout. Je n’avais personne à qui parler de la situation. Il a fallu un certain temps, mais j’ai enfin compris quel était le véritable problème. Et une fois que je l’ai compris et accepté, j’ai pu aller de l’avant et mener une vie plus heureuse et positive. Toute cette situation m’a permis de grandir en tant que personne. 

J’aurais cependant aimé avoir quelqu’un à qui me confier. Il est important pour les adultes, et en particulier pour les parents, d’aider les enfants et de leur faire savoir qu’ils sont à l’écoute. Une bonne santé mentale est essentielle pour les enfants et les jeunes pendant leur croissance, car cela leur permet d’avoir plus tard une meilleure vision de la vie. Les jeunes d’aujourd’hui ont besoin de savoir que les adultes sont là pour les soutenir. Si un enfant dans votre vie semble bien aller, demandez-lui tout de même s’il a besoin de parler de quelque chose ou simplement s’il va bien. C’est quelque chose de simple à faire, mais qui pourrait l’aider à long terme. Prenez position et contribuez à améliorer le bien-être des #EnfantsAuCanada. 

L’insécurité (ou comment je me suis retrouvée)

Iman Berry, 17 ans, Ontario

L’insécurité est un sentiment que nous ressentons tous un jour ou l’autre. Elle peut être présente à petite échelle dans nos pensées quotidiennes ou peut accaparer notre existence. Vous ne pouvez pas laisser vos insécurités prendre le dessus. J’ai apprivoisé mes insécurités afin qu’elles deviennent des éléments distinctifs et positifs de ma personnalité : je me suis prise en main et j’ai pris le contrôle de ma vie. 

J’ai fréquenté une école de mon quartier jusqu’en troisième année. En quatrième année, j’ai commencé à aller à l’école privée. D’un commun accord, mes parents et moi avions décidé que j’allais aller à l’école privée pour élargir mes horizons et avoir accès à de nouvelles possibilités. À cette école, j’ai fait l’objet de moqueries parce que j’étais très extravertie. C'est un phénomène qui semble plutôt étrange n’est-ce pas, d’être extravertie et d’être la proie de railleries? L’intimidation peut revêtir les formes les plus curieuses. Les intimidateurs tenteront souvent de blesser les autres pour se sentir mieux dans leur peau. 

Ces tourments constants ont eu raison de moi. J’ai quitté l’école après trois mois d’intimidation de la part de ces étudiantes et étudiants. Heureusement, je n’étais pas détruite et je suis retournée avec mes anciens camarades à mon ancienne école. Toutefois, même si je ne me trouvais plus dans le milieu malsain où j’étais, les mots blessants qui m’avaient été lancés me sont restés en tête. Je suis devenue de plus en plus tranquille et timide au fil des ans. Ce changement de comportement pouvait facilement être attribuable au simple fait de vieillir, mais ce n’était pas le cas. J’étais constamment gênée, effrayée de dire quelque chose d’inadéquat, alors je me suis refermée sur moi-même. Cette phase de ma vie s’est poursuivie pendant un certain temps. En dixième année, ma personnalité ne reflétait pas la personne que j’étais réellement. 

En dixième année, il s’est produit un événement qui allait tout changer. Étant plutôt introvertie, il était difficile pour moi de me faire de nouveaux amis. J’ai intégré un club à mon école appelé DECA. Ce club était composé de jeunes que je n’avais jamais rencontrés. Je me sentais comme dans la chanson de Miley Cyrus : « I didn’t know anyone and I was nervous » (je ne connaissais personne et j’étais nerveuse). J’ai peu à peu commencé à parler à quelques filles; elles avaient toutes des personnalités exubérantes qu’elles étalaient constamment au grand jour. J’ai alors réalisé quelque chose : exprimer notre opinion ne nous rend pas bêtes, cela nous rend intéressants parce que nous sommes tous différents. Si nous nous préoccupons toujours de ce que les autres pensent, nous vivrons dans un état de peur et de pression constant, et je suis la première à dire que ce n’est pas acceptable. J’ai appris à me sentir plus à l’aise avec moi-même en compagnie de ce groupe d’amis. Ils m’ont appris que je n’étais pas bête, que j’étais intéressante et drôle, et que je valais la peine d’être connue. L’une de mes principales insécurités est devenue un aspect distinctif de ma personnalité. Je suis une personne pétillante qui sait maintenant qu’il ne faut pas se laisser contrôler par ses insécurités.  

Je vais maintenant vous faire part d’un petit secret : les gens ne sont pas aussi effrayants qu’ils en ont l’air. Il y a, bien sûr, des gens avec qui vous n’aurez pas nécessairement une bonne chimie, mais il y a toujours quelqu’un, quelque part, avec qui vous développerez une belle amitié. Tout ce que vous devez faire est de sourire aux gens et de laisser aller les choses!  

Tout près de chez moi

Jean, âgée de 18 ans, Ontario

Je me suis réveillée tôt ce matin-là et j’étais enthousiaste. Pendant la journée, les gens de ma paroisse allaient se rendre au centre-ville pour distribuer de la nourriture aux personnes dans la rue. J’étais heureuse leur venir en aide. 

Nous nous sommes réunis chez mon pasteur afin de préparer la nourriture et l’emballer dans des sacs. Je faisais partie de la chaîne de fabrication de sandwichs et nous nous amusions à chanter sur la musique qui jouait pendant que nous travaillions. Et ensuite, nous sommes partis! 

Ce qui s’est produit quand j’ai tendu mon tout dernier sac restera gravé dans ma mémoire. Nous venions de terminer notre journée après avoir marché et distribué de la nourriture pendant des heures. Nous avons alors décidé d’aller manger une bouchée avant de partir. Sur notre chemin, j’ai aperçu de l’autre côté de la rue un homme enveloppé dans une couverture. Mon pasteur et moi avons décidé de traverser et de lui donner ce qui nous restait pendant que les autres membres de l’équipe continuaient leur chemin. 

Il était jeune, beaucoup plus jeune que la plupart des autres personnes que nous avions vues pendant la journée. Il était assis, tête baissée, le regard fixé au sol, une tasse posée devant lui. Je me suis présentée et je lui ai demandé son nom, comme notre pasteur nous avait dit de le faire. Un moment de silence a suivi. Il a ensuite levé les yeux vers moi pour rapidement les baisser de nouveau. Rapidement, il m’a répondu :  

« Je m’appelle David*. »  

« Bonjour, David. Ça me fait très plaisir de te rencontrer. »  

Autre silence. Ensuite, lentement, sa main tremblante s’est tendue vers moi. Je lui ai serré la main et pendant un instant son regard a croisé le mien.  

Nous lui avons offert de la nourriture, qu’il a acceptée, et nous avons dû ensuite partir rapidement. Néanmoins, aussi bref que fût ce moment, il est resté gravé dans ma mémoire. Il était à peine plus vieux que moi. Quelles circonstances l’ont amené à devenir un sans-abri? En quoi était-il différent de moi? J’allais à l’école alors qu’il était dans la rue.  

Après cette expérience, j’ai lancé une activité à mon école qui consiste à préparer des sacs de nourriture pour tous les jeunes d’un refuge local. C’est facile de penser que l’itinérance n’existe pas ici, que ce n’est pas un problème, dans un pays qu’on dit « développé ». Mais il reste que c’est beaucoup plus près de nous qu’on le pense. Il est de notre devoir d’être conscients de cette situation, de contribuer à éliminer la stigmatisation qui entoure l’itinérance et d’améliorer l’accès à des ressources pour les moins fortunés.  

*Les prénoms ont été changés pour protéger l’identité des individus.  

L’histoire ou notre histoire?

Sarina, 18 ans

En décembre 2012, des étudiantes et étudiants de septième année se sont rassemblés dans une salle de classe pour leur troisième série de présentations sur l’histoire. Dans le cadre de ce travail, ils devaient rédiger un discours faisant l’éloge d’une personnalité canadienne décédée et la présenter. Comme chaque année, cette personnalité devait être choisie parmi les personnages historiques d’un manuel scolaire, soit, pour la plupart, des hommes blancs d'âge mûr et de classe moyenne. 

Il n’est certes pas surprenant que ce travail n’ait pas eu la cote auprès d’au moins une étudiante ou un étudiant du cours d’histoire. Qu’il s’agisse d’Alexander Mackenzie ou de Samuel de Champlain, après un certain temps, j’en ai eu assez de faire des recherches, d’écrire et de glorifier un seul type de personne – particulièrement parce que j’estimais que ces personnes que nous étions censées admirer ne méritaient pas pareilles louanges inconditionnelles. Jacques Cartier n’a pas « découvert » le Canada; lorsqu’il est arrivé sur le continent, des gens y vivaient déjà. Il n’y avait rien d’admirable dans l’Acte pour encourager la civilisation graduelle des tribus sauvages en cette Province de 1857 ou la Loi sur les Indiens de 1874, qui ont privé de leurs droits de façon permanente les Premières Nations, les Inuit et les Métis, les réduisant à des citoyens de seconde classe. 

Je ne veux pas dire que les hommes blancs qui détenaient le pouvoir n’ont eu aucune incidence positive sur leur communauté. Mais les considérer comme des saints, sans comprendre les répercussions qu’ils ont eues sur toutes les populations, y compris celles qui ont été reléguées aux marges de la société, a pour effet d’effacer de l’histoire la trace de ces laissés-pour-compte. Où sont les récits sur les passagers asiatiques à bord du Titanic? Pourquoi mon manuel scolaire ne contenait-il qu’un seul paragraphe traitant de la taxe d'entrée raciste de 1885 forçant la population chinoise à payer des montants de taxe exorbitants pour entrer au Canada? Pourquoi, à ce jour, les personnes de race blanche qui vivent à l’extérieur de leur pays d’origine sont-elles appelées des expatriés tandis que les gens de couleur sont appelés des immigrants? 

Ce n’est que récemment que j’ai été en mesure de verbaliser le problème sur la façon d’enseigner l’histoire. Au cours de ma septième année, l’histoire était pour moi une matière ennuyeuse. Mais c’est pourtant tout le contraire – je croyais que mon désintéressement était uniquement dû au fait qu’on nous répétait toujours la même histoire, une histoire incomplète considérée sous un seul angle. Et peut-être aussi au fait qu’à l’époque, j’étais également incapable de m’identifier à ces hommes blancs d'âge mûr.  

Le problème, toutefois, n’est pas que l’histoire est une matière ennuyeuse pour des étudiantes et étudiants de septième année. Le problème est que l’histoire, en tant que témoignage du passé, doit prendre en compte différents points de vue. Il n’y a pas de vérité unique; la réalité doit être représentée par un amalgame de perspectives diverses. En effaçant ou en omettant ces différentes facettes de l’histoire, nous oublions les leçons à en tirer. Nous nous rendons vulnérables aux erreurs du passé, accroissant ainsi le risque de recréer les mêmes iniquités sociales tout en nous enorgueillissant de faire des progrès sur le plan social. Le silence lui-même peut être une forme d’oppression. 

Il est temps d’agir; donnez-nous la chance d’apprendre la vérité et de prendre la parole. Soutenez les films, les livres et les médias qui offrent des perspectives qui divergent des points de vue prédominants. Si vous pouvez raconter votre histoire, faites-le, parce que si vous ne le faites pas, d’autres le feront à votre place.